LE CALIFAT D'HÉLIOS

de Julien Gabriels

 

 Genre : Roman d'aventure
               fantastique

 Public : tout public

 Nb de pages : 249

Livre relié

Livre numérique

N° ISBN
2-7481-7614-6
N° ISBN
2-7481-7615-4
N° EAN 13
9782748176148
N° EAN 13
9782748176155
21,90 €
7,90 €

date de parution : 7 juillet 2006

 

Paru

 

 

EXTRAITS DU LIVRE

Paru aux Editions

Le Manuscrit

EDITEUR
Livre relié
livraison à domicile
21,90 €
prix hors livraison
Ebook
7,90 €
sous forme numérique
téléchargeable

 

QUELQUES EXTRAITS DU ROMAN

LE CALIFAT D'HÉLIOS


 

 

Ici commence   
 
Terre interdite aux non-bédouins
 

 

    Ne cherchez pas le califat d'Hélios, interdit aux non-bédouins, sur votre mappemonde… Il se situe dans un lieu où la géopolitique évolue plus vite que la cartographie. Au siècle dernier, au tout début des nineties, Jerry Palmer, businessman américain, et moi-même, Français, l'avions découvert par hasard en plein désert.

    Nous y fîmes fortune, et y trouvâmes l'infortune. Nous y découvrîmes le rêve, la passion ; nous y rencontrâmes le vice et la vertu.

    Nous vécûmes à l'intérieur du califat d'Hélios tout ce qu'une vie désordonnée peut apporter de turpitudes… Jerry jusqu'à en devenir son calife ; et moi jusqu'à disparaître dans les sables d'Hélios tandis que s'éteignait à tout jamais le califat après avoir brillé un temps comme une luciole…

découvrez quelques extraits du "califat d'Hélios"

sous forme de brochure pdf imprimable (12 pages)

 

Présentation

   

      La réalité… Le rêve… Entre les deux, une frontière indistincte où la vie tout entière nous apparaît voilée…

      Alors naissent des personnages intemporels… en des places où notre vision est altérée, rendant évanescente une réalité essentielle.

      Ainsi se transforment des lieux, aux contours de plus en plus vaporeux, dans lesquels peuvent s'égarer les protagonistes de cette histoire.

 

Citation

    … mais rien ne se passa ; qu'un long discours en arabe auquel, forcément, je ne compris rien. Et quand la chose cessa enfin, j'eus un profond soupir de soulagement. Décidément, on avait toujours besoin d'un authentique secours féminin.

     Ce jour-là, et pour la première fois de ma vie, je passai ma nuit dans une geôle. Bahira n'avait pas été garce… à peine femme… Séance tenante, l'on m'arrêta, me mit les fers, me conduisit dans un trou à rats ! Et ses yeux maquillés, d'habitude si grands, si bons, n'exprimaient plus rien ; des yeux vides et lointains, si différents du regard que j'avais jusqu'à présent connu. Bien plus tard, l'on vint me chercher pour me soumettre à la question. Rituel insensé, rappelant des époques qu'on aimerait à jamais révolues.

 

 

Un premier extrait  début du roman / pages 11-13
 

I

 

    Mais quelle mouche m'avait, ce jour-là, piqué, moi Pierre Landier pour que je tente, à mon âge, pareil exploit ?! Je n'étais guère aventurier dans l'âme, mais peu à peu l'étais devenu…

    Et depuis des jours et des lunes, je souffrais… Le jour, par des chaleurs carrément dessiccatives ; la nuit, par la morsure du froid qui faisait éclater la roche rencontrée, préalablement chauffée à blanc.

    J'avais, la veille, fêté mes quarante-cinq ans dans le désert, à la frontière de l'Arabie Saoudite et de la Jordanie.

    Je m'étais envolé de Paris pour Amman. J'avais pris un minibus à Wahdat Station pour Pétra, l'un des plus beaux sites du Proche-Orient. J'en avais profité pour admirer la merveille architecturale des nomades Nabatéens creusée dans des grès étincelants, rouges, jaunes et bleus, dont les dessins naturels, étrangement sculptés par la couleur des pierres, rehaussaient la grandeur.
    Puis, de Pétra, j'avais gagné Wadi Rum – plus connu comme le mythique puits de Lawrence d'Arabie – à deux heures de route environ. Ici la montagne tombait en à-pic sur le sable des vallées, s'épanouissant en falaises rouges, m'obligeant d'admirer la majesté de la nature à l'état pur, et rêver.

    Et de là, j'avais préparé mon odyssée : rallier Al Jawf, un site archéologique situé en bordure des dunes du An Nafud, au nord de l'Arabie Saoudite.

*

    J'avais à présent des cheveux poivre et sel, une barbe aux reflets argentés taillée amoureusement chaque matin. Je m'étais coiffé d'une casquette ajourée avec une large visière qui surplombait un profil anguleux, portais un short de toile kaki et un ceinturon de cuir patiné, dégotté un dimanche aux puces de Saint-Ouen. Avec des sandales aux pieds et un extravagant barda sur le dos et sur les hanches, j'avais l'allure d'un chef scout qui se serait fait surprendre par le cours de la vie.

*

    D'un pas tranquille d'automate, suivant un rythme régulier, un rien saccadé, comme si mon corps paraissait déséquilibré par l'équipement inhabituel qui tintait sur son bassin, j'avais parcouru des milles et des milles et rencontré que du sable et des cailloux.
    Désormais, seule la montre sophistiquée que je portais au poignet sous un sweat-shirt blanc rythmait ma vie. D'ailleurs elle annonçait chaque heure nouvelle en carillonnant. Alors avait lieu tout un cérémonial qui, hors du contexte, aurait prêté à rire.

*

    Je m'arrêtais dès que le dernier coup avait retenti. Et, sans avoir besoin de jeter les yeux sur le cadran, savais l'heure. Sur le sable, j'étendais une natte de mousse, me déchaussais, prenais soin de mes pieds comme de purs trésors, les inspectant sur toutes les coutures pour être certain qu'ils ne fussent blessés, avant de leur prodiguer les soins nécessaires, en rapport avec l'effort fourni. Afin d'hydrater une peau terriblement éprouvée, j'appliquais grassement crèmes et onguents.
    Puis je sortais de mon sac un impressionnant thermos qui conservait à une température idéale l'eau à consommer dans la journée, prélevée au lever du jour sur la réserve qui, elle, s'était rafraîchie durant la nuit ; réserve qui, de puits en puits, d'oasis en oasis, s'avérait de très loin le plus gros du fardeau. Je me contentais de quelques gorgées, à peine suffisantes. Enfin, avant de repartir, je prenais soin de faire le point ; d'abord, avec la boussole qui pendait à ma ceinture ;

 

Un second extrait  pages 65-66
 

II

 

   J'en avais déjà le cœur tout retourné…
    En un rien de temps, guidés par Bahira, étions, Aoud et moi, devant le Bédouin en question.
    La jeune femme ne s'était pas trompée ; Jerry avait bel et bien payé son quadrupède à la bosse rebondie ; et en dollars !
    Point de dinars, riyals, dirhams ou livres ; toutes, monnaies des sables ; mais des dollars ! Évidemment, dans cette région, les dollars coulaient à flots, autant que l'or noir, mais les Bédouins préféraient toujours la valeur marchande de leurs monnaies traditionnelles.
    D'où provenaient les billets verts, puisque j'avais moi-même pris la peine d'explorer le bagage de Jerry ; et n'y avais trouvé que des choses ordinaires, pas même d'argent !
    Si dorénavant le problème du négociant était réglé, il fallait au plus vite mettre la main sur la personne à qui l'on aurait pu dérober un chameau, en contre-valeur s'entend ; et avant qu'elle n'allât se plaindre aux autorités. Car il serait alors trop tard ! Et le voleur pris sur le fait ne pourrait être jugé que selon les lois en vigueur dans le pays ; et elles étaient terribles !
    Enfin parut le fauteur de troubles, et son mammifère au sourire narquois.
         — Où as-tu pris l'argent pour acheter cet animal ? criai-je d'emblée d'un ton suffisamment courroucé pour que, tel un enfant soudain inquiet, Jerry reconnût sa faute.
    Pendant que de mes invectives je le poursuivais, la bête était venue me lécher l'oreille comme pour me dire : " lâche-nous les babouches ! ".
    Jerry paraissait gêné. J'avais déjà compris qu'il n'oserait avouer son forfait devant tout le monde. Je l'entraînai à l'écart. Ce qu'il me montra me subjugua. Alors que nous avions gagné un endroit discret, il leva son pied droit, faisant apparaître la semelle de son soulier, passa l'index de sa main droite sur une marque secrète, quelque part sur la chaussure. Et comme par mimétisme dans cet Orient magique, s'ouvrit la caverne d'Ali Baba.
    Ebaubi, j'écarquillai les yeux. Là, dans ce pays où la flore était réduite à sa plus simple expression, Jerry crapahutait sur un océan de verdure.

 

 

Un troisième extrait  (pages 69-75)
 

III

 

 

     À ce moment, dans ma tête, tout semblait confus. Jerry, désormais propriétaire d'un chameau, tissant par le fait des liens plus étroits que jamais avec nos hôtes, arpentant les sables sur une partie de son compte en banque… Il n'en fallait guère plus pour que je commençasse à me méfier de ce pays, au charme sournois, à la chaleur quelque peu diabolique, mais à l'attrait bien trop magique pour ne pas être aspiré dans un tourbillon qui risquait à tout jamais de m'engloutir.
     Il était grand temps – amnésie vraie ou fausse – de rendre visite aux autorités et leur conter notre aventure commune. Au reste, peut-être avaient-elles des informations ? Voire un mandat de recherche international ?
     Bahira avait-elle pressenti quelque chose ? Elle voulut m'accompagner, demandant pour cela la permission au patriarche, qui eut le malheur de lui accorder.
     Comme elle connaissait l'oasis comme sa poche, du fait des nombreux séjours de sa famille, en deux temps et trois mouvements, nous fûmes devant l'administration locale.
     Elle eut même la sagesse d'aller demander seule si l'on pouvait nous recevoir tandis que j'attendais au-dehors. Puis nous entrâmes tous deux…
     Et moi de ne négliger ensuite aucun détail, afin que l'on retrouvât au plus vite les débris de l'avion qui ne manqueraient d'attester mes dires et, bien évidemment, accréditer notre présence dans ce pays. Car il était bon d'éviter toute ambiguïté. L'on m'écouta avec la plus grande attention. Puis on prit ma déposition que je dus signer. J'hésitai un peu, car le texte avait été rédigé en arabe, et j'aurais de ce fait pu approuver ma propre condamnation à mort. Mais comme je commençais à voir poindre, devant mon hésitation, des regards défiants, j'apposai mon paraphe.
     Bahira prit alors la parole. Je me figurais, dans mon occidentale pensée, qu'elle chercherait à lire ce que j'avais signé, et m'attendais à la voir se pencher sur cette forêt de lettres si mystérieuses pour moi, mais rien ne se passa ; qu'un long discours en arabe auquel, forcément, je ne compris rien.
     Et quand la chose cessa enfin, j'eus un profond soupir de soulagement. Décidément, on avait toujours besoin d'un authentique secours féminin.

*

     Ce jour-là, et pour la première fois de ma vie, je passai ma nuit dans une geôle. Bahira n'avait pas été garce… à peine femme…
     Séance tenante, l'on m'arrêta, me mit les fers, me conduisit dans un trou à rats !
     Et ses yeux maquillés, d'habitude si grands, si bons, n'exprimaient plus rien ; des yeux vides et lointains, si différents du regard que j'avais jusqu'à présent connu.
     Bien plus tard, l'on vint me chercher pour me soumettre à la question. Rituel insensé, rappelant des époques qu'on aimerait à jamais révolues

     Tout à coup s'approchèrent des pas. Le verrou crissa et grincèrent les gonds usés cependant que s'ouvrait la porte massive.
     Une torche m'éblouit. On m'arracha de la paillasse. Je vacillai. On me retint. Lorsque j'arrivai à l'air libre, je dus fermer les yeux, tant me brûlait la lumière ; et c'est totalement aveugle, littéralement tiré par mes geôliers, que je gagnai une salle où je ne vis dans la clarté acide, au début, que des ombres.
     Je m'attendais à un nouvel interrogatoire musclé, suivi ou précédé d'une avalanche de coups, quand j'entendis comme dans un rêve la voix de Jerry :
        – On fait le malin ! on abandonne ses amis !
     J'avais l'impression de délirer, mais je sentis que l'on tripotait les chaînes qui m'entravaient les pieds. J'essayai bien d'entrouvrir les paupières ; l'intense rayonnement me les faisait refermer. Je me rendais compte de passer de gardes en gardes. Sur les chevilles, me pesaient pourtant toujours autant les fers, simple illusion. Mais le bras qui me saisit alors n'avait plus la même force de brute, mais d'icelui se dégageait un enivrant parfum.
     Une autre poigne, peut-être un peu plus musclée, celle-ci, me saisit sous l'aisselle, et je fus traîné, si j'en jugeais par le souffle chaud qui me fouetta soudain le visage, au-dehors. Au même moment, un timbre que je ne connaissais que trop bien, dit simplement :
        – Shokran.
     Un concert de voix lui répondit en arabe, mais je n'en compris guère le sens.
        – Tu es un peu pâlot, me dit Jerry. As-tu au moins mangé à ta faim ?
     Heureusement qu'ils me soutenaient, car mes jambes flageolaient. Ne pouvant ouvrir les yeux, je ne savais quel étrange spectacle nous pouvions former, et si, sur le parcours, se trouvait du monde pour se repaître d'un pauvre hère honteusement trompé.
     Soudain, je sentis l'ombre bienfaitrice d'une verdure abondante. Et pour la première fois, j'entrouvris un œil sur, à distance, des prunelles fardées qui avaient retrouvé toute leur expression mystique.
        – 'ezzayyak ? me dit-elle.
     Elle avait le culot de me demander comment j'allais, après ce qu'elle m'avait fait ! Car j'avais été libéré aussi bizarrement qu'interné ! Et à chaque fois, elle était là : mi-ange, mi-démon
.

     Il y avait là quatre dromadaires, un mâle et trois femelles, que je ne connaissais ni d'Ève ni d'Adam : Ghazala dont je ne renouvelle pas la présentation, puis Rimala, Razzia, Shegga.
     Ghazala reprit son même geste affectueux : " tu vois qu'il valait mieux nous lâcher les babouches " me susurra-t-elle à l'oreille ; à moins que je fusse assez doué pour en faire la traduction.
     Arriva peu après Bahira, qui se cala près de son Amerloque de Bédouin. Et lui ajusta sa coiffure, car porter dignement l'akal n'était pas encore une chose que l'on apprenait dans les campus américains. Puisque l'homme était devenu un vrai méhariste, elle, la Bédouine, pouvait maintenant devenir sa promise.
     Bon Dieu, mais c'est bien sûr !
     J'étais naturellement l'empêcheur de tourner en rond.

 

Un quatrième extrait (pages 128-135)
 

VII

 

    

     Je n'osais pourtant lever le couvercle. Mais comme l'intérieur semblait drapé, ma curiosité fut la plus forte. Je sursautai bientôt, reculai de trois bons pas…
     Une forme y était allongée. Un instant, je crus à un être trépassé que l'on aurait camouflé avant de s'en débarrasser définitivement… comme dans un banal polar ! Brusquement savoir que le mort ne l'était pas encore, me rassurait à peine.
         – Eh bien, tu en as mis du temps à me découvrir !… Entre !
         – T'es complètement folle ! Pas là-dedans !
         – Y'a de la place pour deux, et c'est très confortable.
         – Ça va pas !… Et ton père, et ses femmes ?…
         – Tout le monde est sorti aujourd'hui. T'inquiète pas, j'ai des antennes partout. Dépêche-toi ! Tu me fais languir…
     Décidément, cette fille était complètement givrée, de plus en plus givrée. Mais qu'auriez-vous fait à ma place ?… D'autant plus qu'un subtil parfum émanait de la couche en osier… J'oserais de même parier que vous ne l'avez encore jamais fait, dans une malle !…
     Non, je ne rentrerais pas dans ces jeux burlesques…

     De dépit, je refermai le couvercle… mais de l'intérieur. Rencontrai des lèvres goulues, et un corps innocent qui n'avait aucune possibilité d'échapper à son destin.
     Nos sens exhalés, je ne suis pas sûr qu'en cet instant ce mobilier n'avait pas une âme, et ne l'aurait pas manifesté séance tenante devant une assistance, voire un auditoire. Étais-je mage ou devin, l'auditoire entra…
     Elle mit un doigt sur ses lèvres, puis m'enserra de ses frêles bras pour que je ne pusse bouger. Et me susurra :
         – On m'avait dit que…
     Sa voix fut couverte par celle de son père :
         – Ah, c'est donc ça la malle dont vous m'avez parlé.
     Je le sentais – je crois bien que elle aussi – approcher à grands pas. Nos cœurs s'étaient emballés à l'unisson. Je devinai déjà le regard du calife me transpercer…
         – Quel est donc le génial artiste responsable de cette création.
         – Aziz… noble calife, répondit une voix féminine. Son atelier se trouve : mysterium 22, char 55.
     Permettez-moi d'ouvrir une parenthèse… de vous traduire… ; il habitait dans la vingt-deuxième rue, au numéro cinquante-cinq, ou si vous préférez dans la cinquante-cinquième maison.
     Je me souvenais avoir, quelque temps auparavant, supervisé la construction de cette artère.
         – Magnifique, ce coffre ! Vous pourrez en commander un second que je mettrais cette fois chez moi.
         – Voulez-vous voir la finition de l'intérieur, noble Awad ?…
     J'ai cru que mon cœur s'arrêtait.
         – Plus tard, plus tard, mes chéries. Allons, mettons-nous au travail.
     Je respirai. Le temps que le coq se pavane devant sa basse-cour, cela nous laissait peut-être l'espoir, voire caresser l'illusion, que la malle serait définitivement oubliée… D'ailleurs, si vous voulez mon avis, noble calife, l'intérieur ne mérite point que l'on s'y arrête ; oh ! que nenni !… Indéniable perte de temps pour votre grandissime personne !… Et cette si mauvaise conseillère que vous alliez prendre à la lettre !…
     Amina me sourit. Je ne sais comment je fis pour ne pas pouffer. Mais je me jurai de ne plus me plier à ces imbéciles divertissements. Car, maintenant, nous étions aux premières loges, voyeurs… ou plus exactement ouïeur… on n'y voyait en effet pas grand chose.
     Pour la première fois, et bien malgré moi, j'allais assister à une partouze orientale.
     La débauche fut sans limite !…

     Le jour descendait quand je revins à moi ; ou que je m'éveillai dans un autre monde, je ne savais encore. Comme dans une nouvelle naissance, d'un coup de calotte crânienne, je soulevai l'opercule, tandis qu'apparaissait un torse rougi, gluant. Explorateur d'un nouveau monde, à la merci de…
     Tout était trop symétrique… J'extrayais bientôt une forme qui gisait au fond d'une cantine, baignant dans son sang… trépassée… Mais ce corps, s'il n'avait, semble-t-il, point de vie, était encore chaud… Dilacéré de toutes parts… Pourtant, avec des prunelles intactes qui s'éveillaient à la vie… Et m'aperçurent…
     Passé le choc émotionnel, un rire nerveux emplit la bâtisse. Un doigt tremblotant, féminin, pointait vers moi, remontant lentement des pieds à la tête. Je me penchai enfin, d'un regard jaugeai mon état… La tunique décimée, le mot n'était pas trop fort ; en charpie… en dentelle d'Hélios ; la poitrine quelquefois parée d'étroites boutonnières d'où perlaient de purpurines gouttelettes, comme des larmes de vie versées devant la tyrannie.
     Je m'aperçus bientôt qu'elle avait eu plus de chance que moi, et que, de ma sève, n'était que maculée, miraculée de corps, miraculée d'esprit…
         – Ce soir, c'est Halloween, dit-elle. Et je suis une squaw sur le sentier de la guerre, en dentelle d'Hélios.
         – Et je suis le totem, encore barbouillé du sang des chenapans, lacéré par les redresseurs de torts et la justice populaire.
     La squaw voulut-elle s'immoler sur le totem ?… Ils ne firent bientôt qu'un…
     Après quoi, le totem recouvert de dentelle put reprendre ses esprits.
     Et, ensemble, nettoyer sur-le-champ toutes traces suspectes, à l'intérieur et autour de l'expiatoire malle.

*

     Quand Bahira et Jerry me virent arriver dans cet état, ils me crurent la victime d'une agression, ou une rixe, voire un règlement de comptes. Est-ce que quelqu'un aurait été mécontent de nos services ?…
     L'idée d'une tenue de carnaval les fit beaucoup rire. Jerry voulut absolument me montrer à ses chameaux. À faire le pitre, j'allais encore être la risée de son cheptel. En me voyant apparaître, ils retroussèrent leurs lèvres molles et moqueuses, en pleurant de joie ou de tristesse…
         – Ton maquillage ! me cria Jerry.
     Par plaques, il s'en allait, sous de grands coups de langue baveuse, laissant à la place un cataplasme lénifiant.
         – Ce n'est rien, dis-je. Je le referai.

 

Un cinquième extrait (pages 166-167)
 

IX

 

     

      Ainsi s'ouvrit une nouvelle période au califat d'Hélios. La première décennie du XXIe siècle était déjà bien avancée.
      Awadah prospérait plus que jamais. Les souks grandirent, tandis que l'hétérogénéité des gens, poussée par des turbulences aux portes du califat, amena une étonnante décontraction dans la cité, une richesse insoupçonnée. Tradition et modernisme se côtoyaient, se mêlaient, sans jamais s'entre-dévorer.

*

     Tout aurait pu aller on ne peut mieux si Awad, en ayant soudain assez des frasques de sa fille, ne l'avait acculée à choisir entre Jerry ou votre serviteur. Alors que, nous autres, faisions bon ménage de cette situation. Le seigneur Awad nous aimait d'ailleurs autant l'un que l'autre et ne voulait aucunement imposer son choix. En revanche, il souhaitait que sa loi fût respectée par tout individu qui entrait au califat d'Hélios et, raison de plus, sa propre fille, et ce, même s'il l'avait naguère envoyée bien loin pour y entreprendre une mâle éducation.
     Car Awad voyait peu à peu arriver l'âge, et il aurait aimé que le palais se remplît de potentiels successeurs.
     Le problème fut qu'Amina ne savait se décider. Et plus on la sommait de faire un choix, plus elle n'en faisait qu'à sa tête ! Si les hommes pouvaient avoir plusieurs femmes, il était juste qu'une femme puisse avoir plusieurs hommes : elle ne voyait rien d'immoral là-dedans. Maintenant, si les hommes d'ici se remettaient en question, elle en ferait de même. En attendant, elle jouissait comme eux de la vie, et des lois dictées pour leur être profitables… Et elle les adaptait à sa manière…
     Aussi se cachait-elle de moins en moins. On pouvait la voir tantôt avec Jerry, tantôt avec moi. Mais prospéraient alors à Awadah tant de gens si différents, que ça ne gênait personne, car chacun respectait l'autre, du moment qu'il ne faisait de mal à autrui.

 

Un sixième extrait   Dialogues / pages 140-145
 

VII

 

     Aussitôt, je voulus en savoir plus…
         – Jerry, comment dites-vous déjà ?…
         – Palmer… Jerry Palmer… Texan, si ce n'est d'origine, au moins d'adoption. Si je me suis adressé directement à vous, c'est qu'on m'a affirmé que l'un de vos associés, ou peut-être employés… je ne sais pas, n'était pas d'ici et avait un accent américain.
     Diable, comment cet homme avait-il pu s'introduire dans une terre interdite aux non-bédouins ?… Comment avait-il fait pour gagner Awadah ?… À ses risques et périls, forcément, mais il fallait néanmoins en apprendre davantage…
         – Étrange, dis-je. Je pense qu'on vous a induit en erreur. J'ai bien deux associés, ils sont tous deux bédouins. Mais l'un a un réel don pour les langues. Au contact d'hommes récemment arrivés, il a pu attraper un peu d'accent de votre pays. Voici la confusion, lorsqu'il lui arrive de parler anglais. Je suis navré qu'on vous ait mis sur une fausse piste.
         – Dommage… cela aurait été trop beau !…
         – Mais si ce n'est point indiscret, pourquoi recherchez-vous cet homme ? J'ai ici beaucoup de relations, et de nombreuses antennes. Peut-être pourrais-je vous être utile ?
         – Dans ce cas, que diriez-vous d'une poignée de dollars !…
     Ah, le scélérat ! il avait dû acheter ses informations. Peu résistent à la tentation du diable ! Je ne pense pas qu'il aurait pu atteindre Awadah sans tromper son monde… en jouant de l'attrait d'une manne qui, elle, n'était guère bénie des dieux.
         – Jerry Palmer, dites-vous…
         – Oui… C'est un puissant homme d'affaires, jouissant d'une fortune colossale. J'ai déjà retrouvé quelques débris de son Beechcraft.
         – Un Beechcraft ?
         – Oui. Nous avons même découvert une tombe, avec les restes du pilote, qu'on a rendu à sa famille. Mais le commandant de bord n'a pu creuser sa sépulture.
         – Logique, dis-je. Mais vous savez, il y a tant de caravanes dans le désert.
         – Bien sûr… Dans ce cas, on aurait aussi dû trouver le corps de Palmer. Or, nous n'avons plus rien déniché aux alentours.
         – Dans un crash, on ne retrouve pas toujours tout le monde. Certains sont quasi volatilisés.
         – Logique aussi. Mais des bédouins nous ont affirmé avoir recueilli naguère deux survivants de la catastrophe.
         – Deux survivants !
         – Oui, et l'avion n'a décollé qu'avec deux personnes à bord : le pilote et son patron.
         – Ce Palmer.
         – Voilà…
         – Si vous saviez… le nombre de businessmen qui embarquent leur maîtresse dans leurs voyages d'affaires !…
         – On parle de deux hommes…
     Cela devenait trop précis pour ne pas approfondir… impossible que notre famille d'adoption nous eût trahis, même si nous ne l'avions plus vue depuis un bon bout de temps : car la rencontrer dans le désert ne pouvait qu'être fortuit.
         – Deux hommes ?… êtes-vous formel ?…
         – Selon ce qui se dit. On pense à un acte de piraterie… Un troisième homme a probablement embarqué à l'insu de Palmer et de son pilote. Détournement, rançon, on ne sait… Toujours est-il que le navire, je veux dire : la compagnie, a perdu son capitaine depuis belle lurette, et que la femme aimerait savoir où se trouve le mari.
         – Et ses enfants, par la même occasion, ajoutai-je… Je bouillais d'impatience, j'allais pouvoir compléter mon puzzle.
         – Non, il n'en a pas. Imaginez la succession s'il est décédé !…
         – Je plains sa veuve… quelle angoisse !
         – Elle s'est déjà consolée avec le bras droit de Palmer ! Et si je peux rapporter la preuve que l'individu est bien mort, je touche aussi le pactole… vous me comprenez.
         – Si je saisis bien, madame Palmer ne recherche pas son mari, mais sa dépouille.
         – Que va-t-elle s'embêter d'un mari !… Aujourd'hui, seul son cadavre peut lui rapporter beaucoup d'argent, c'est l'essentiel, n'est-ce pas ?…
         – Et si je peux vous aider ?…
         – Je vous l'ai promis, vous serez récompensé… au prorata des éléments que vous pourrez nous fournir…
         – En fait, je ne connais personne répondant au nom de Palmer. Mais j'emploie beaucoup de gens et pas mal d'occasionnels. Je vais me renseigner pour savoir si un Jerry Palmer ne se cacherait pas sous un nom d'emprunt.
         – Je vous en serais reconnaissant… et pour vous ce sera encore quelques dollars de plus…
         – J'y compte bien… Business is business, n'est-ce pas ?…
         – Mais dites-moi, quelle est donc cette ville ? Elle ne figure sur aucune de mes cartes… Je ne sais même pas comment j'y suis parvenu.
         – Vous ne devez pas avoir les bonnes… Awadah est la ville la plus importante de la région. Mais, entre les noms arabes et les traductions en diverses langues pour les touristes, on a de quoi s'y perdre.
         – Je vous assure, elle ne figure nulle part. À mon retour, j'en ferais part à l'éditeur des cartes…
         – Cela va de soi.
     Tant d'éléments recueillis à la fois et en si peu de temps méritaient bien un peu de grandeur de ma part. Je lui offris de passer dans nos appartements pour y prendre un thé ou du café. Il refusa… poliment, certes… Mais quel affront, ici !…
     Il fallait que je lave mon honneur dans le sang. Je décrochai un yatagan – judicieuse décoration – et lui conseillai d'aller chercher mon pote Jerry sur une autre planète, conseil qu'il s'empressa de suivre en expirant.
     J'enroulai bientôt son corps ensanglanté dans le kilim que nous avions l'intention de remplacer, et à présent taché du sang d'un importun…
     Bahira survint à ce moment-là. Lorsqu'elle vit le tapis roulé, elle m'interrogea du regard…
         – C'est bien ce que l'on avait décidé, non ?… remplacer cette chose élimée…
     Elle s'approcha et m'embrassa affectueusement, radieuse.
         – Je vais tout de suite en choisir un autre, dit-elle. Veux-tu que je t'aide à déplacer celui-là ?
         – Non, ça ira… dis-je.
     Elle sortit bientôt. Heureusement qu'elle n'avait pas insisté…
     Car le tapis lui aurait semblé bien lourd. Que voulez-vous ?… surchargé du redoutable poids d'un scélérat qui voulait outrepasser la loi d'Awadah… faire connaître ailleurs qu'une nouvelle ville existait dans les sables, et prendre de la monnaie de-ci de-là, par-ci par-là, avec outrecuidance. Non monsieur… Awadah n'est qu'un mirage… pourquoi pas parler du califat d'Hélios, pendant que vous y êtes !… Awadah n'est accessible qu'aux gens qui ont de la grandeur, et il m'a semblé que vous en manquiez. Mais peut-être ai-je pu me tromper… l'erreur est humaine… mais il est trop tard maintenant…
     Eh bien, on l'avait échappé belle ! Cet oiseau de malheur avait dupé tous nos amis du désert, et en voulait encore à notre bonheur. Naturellement, ce n'était pas chouette d'aider les gens à trépasser. Mais ne croyez-vous pas qu'il l'avait un peu cherché ?!…
     Je le ficelai comme il faut, que dis-je… des nœuds gordiens… roulai le fatigué kilim vers une remise, et allai chercher Ghazala.
     Lorsqu'elle vit le tapis, elle ne put s'empêcher d'aller renifler l'intrus. Puis manifesta une mine quelque peu dégoûtée… ; on n'avait pu la guérir totalement de ses sentiments xénophobes ! Elle s'empressa pourtant de me rendre ce petit service.

 

Un septième extrait Dialogues / pages 172-174
 

X

 

         – Mais elle t'est déjà donnée, puisque je suis là en laissant Pierred engranger les trésors à notre place.
         – Ce n'est pas suffisant.
         – Tu es bien exigeante aujourd'hui.
         – Je dois suivre la loi du califat d'Hélios, continua-t-elle.
         – Mais tout le monde doit suivre la loi du califat d'Hélios. Ici tout est permis, c'est bien connu, sauf ce qui est interdit. Et pour savoir ce qui est interdit, il faut consulter les oracles intérieurs.
         – Tu te moques de moi !
         – Pas de la fille d'Awad quand même.
         – Eh bien, si tu veux que je reste la fille du calife, tu dois tuer Pierred : ce sera la preuve de ton amour pour moi.
         – Mais tu es folle ! Tuer Pierred ?!
         – Si tu refuses, tu n'as pas de cœur. Car Père m'a demandé de choisir entre Pierred et toi. Et je ne peux condamner un homme que j'aime. Une fois mort, on veillera tous deux sur son souvenir qui nous sera encore plus cher.
     J'avoue que quelque chose m'échappait dans son raisonnement. Bien évidemment, j'avais beaucoup progressé, mais je n'étais pas encore habitué à tant de subtilité. Je vous en parlai d'ailleurs auparavant… la richesse du califat d'Hélios… savoir engranger le bonheur… le bonheur de pleurer un ami commun… le bonheur de gagner l'amour de la princesse, le bonheur de ne plus enfreindre la loi du califat d'Hélios. C'était divin !…
     Je ne sais ce qui me prit… je la giflai.
         – Tu acceptes, me dit-elle.
     Et elle me sauta au cou.
     Si vous comprenez, vous m'expliquerez… Il y a dans le comportement féminin certaines données que je n'ai, jusqu'à ce jour, encore réussi à décrypter…

*

     Plus tard, elle me fit savoir qu'elle me fournirait, le moment venu, l'arme adéquate. Comme cela ne servait à rien de la braquer systématiquement, je la laissai faire, me disant qu'il serait toujours temps de m'adapter à la situation. Je comptai aussi sur un possible et probable revirement d'Amina, se rendant compte soudain du grotesque de la situation.

 

Un huitième extrait   Dialogues … pages 203-205
 

XII

 

     J'essayai de m'associer à son incommensurable chagrin d'avoir perdu sa princesse.
         – … Allah est grand, dis-je, et c'est sa volonté, croyant avoir ainsi la formule miracle qui permettrait à Warda de reprendre ses esprits.
         – Allah n'a pas demandé que la princesse soit emprisonnée.
    Je me demandai à cet instant si Warda était même au courant du décès d'Amina. Peut-être lui avait-on épargné un cruel chagrin en inventant je ne sais quelle histoire pour justifier l'absence de la fille du calife… Et maintenant, sa servante perdait la tête, car elle ne devait pas être dupe, et lasse d'avaler des couleuvres. Aussi préférais-je lui assener la vérité toute crue :
         – Amina est morte, Warda, et enterrée dans les jardins du palais.
    Ce qu'elle me dit alors, me laissa carrément pantois et presque sans voix…
         – Oui, je sais… J'étais là, cachée parmi les ballots de peaux, quand vous lui avez tiré dessus, vous-même et votre ami Jerry. J'ai tout vu…
    Que voulait cet oiseau de mauvais augure ? Faire du chantage !… Il fallait que je la convainquisse de notre innocence…
         – Je sais… je sais… continua-t-elle, que vous ne l'avez pas tuée, que vos pistolets n'étaient pas chargés, ou avec des balles qui ne font guère de mal.
         – Ah, vous avez vu !… on est innocents ! m'écriai-je. D'autres ont voulu nous tuer (je préférais saisir au vol l'hypothèse de Jerry) et c'est notre pauvre Amina qui, s'interposant entre nous deux, a tout pris dans la poitrine !
         – Personne ne voulait vous tuer, bien au contraire. C'est moi-même qui suis allé prévenir notre seigneur Awad que sa fille mettait ses amis étrangers en grand danger. Car elle m'avait parlé de sa résolution…
    Je n'en croyais pas mes oreilles !
         – Et alors ?…
         – Le calife était furieux. Il m'a remerciée de cette information.
         – Et alors ?…
         – Il m'a récompensée.
         – Et alors ?…
         – Ses sbires sont arrivés. J'ai tout vu, tout entendu… Pour remettre de l'ordre, qu'ils disaient. Ce sont eux qui ont tiré sur la princesse. C'était horrible… Avez-vous vu tout ce sang ?!
    Je me serais bien passé de revoir la scène, tant elle me secouait encore.
         – Tout ce sang de notre princesse, reprit-elle, étalé là en une vulgaire flaque. S'il y avait eu des bêtes, elles l'auraient peut-être lapé !
         – Je reconnais que c'était bien horrible…
         – Et vous vous êtes enfuis comme des voleurs, comme des renégats, laissant votre femme, votre amie… à l'agonie !
    J'aurais aimé qu'elle ne me rappelât nullement ce point de détail qui, une fois n'est pas coutume, n'était guère à notre honneur.
         – Nous avions pensé qu'elle était décédée… Et une femme, sur place, nous accusait déjà d'en être les assassins… Et puis…
    Elle me coupa.
         – Et puis rien… Maintenant, écoutez-moi… Deux hommes ont soudain fait irruption… " Elle a sa dose ! " dirent-ils. " On peut facilement l'emmener où l'on nous a dit, avant qu'elle se réveille… Génial, ces balles factices !… et toute cette hémoglobine !… on croirait un vrai meurtre… ".
         – Mais alors…
         – Et ce n'est pas tout… Ils ont encore dit : " … en tout cas, les étrangers n'y ont vu que du feu !… Fameuse, l'idée du calife !… " . Ils ont ensuite emmené la princesse… J'ai essayé de les suivre de loin, mais comme ils étaient en vaisseaux, je les ai perdus de vue.
         – Alors Amina n'est pas morte ?…

 

 


haut
de page

RETOUR VERS

back to